Archives de catégorie : Aides de jeu – Meneur

Aide de jeu – le Destin des Maranteo

Nous vous proposons en téléchargement gratuit un fichier PDF, destiné aux meneurs, contenant le nécessaire pour faciliter votre gestion de la campagne Le Destin des Maranteo :
– les portraits de tous les PNJ du supplément
– les cartes et plans de la campagne
– plusieurs récapitulatifs sur les enjeux, les protagonistes et leurs apparitions dans les différents chapitres

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Bevelenus 3/3

Nous concluons cette trilogie d’articles avec une trame de scénario se déroulant à Bevelenus.

Le dernier des Seneca
La rumeur évoque l’existence d’un héritier potentiel des comtes de Bevelenus, une nouvelle qui ne laisse personne indifférent dans les sphères du pouvoir de la Ligue autant que de l’Empire. Les princes-marchands de Bevelenus ont tout intérêt à ce que cet héritier disparaisse, alors que leurs rivaux dans la Ligue et l’Empire espèrent s’en servir à leur profit. La situation peut même s’avérer encore plus compliquée.

Implication :
Des PJ condottieri peuvent être mandatés par les riches maîtres de Bevelenus pour identifier et éliminer l’héritier. A contrario, ils peuvent être recrutés pour le mettre en sécurité et le ramener à Celalta ou au Prince de la Ligue qui les paie, afin de fragiliser le pouvoir de la Main dorée.
Des PJ patriciens pourraient avoir intérêt quant à eux à soutenir ces mêmes princes marchands (en faisant disparaitre le bâtard) si leur maison veut entretenir de bonnes relations avec une cité qui pèse lourd dans les échanges commerciaux entre la Ligue et l’Empire. À l’inverse, ils pourraient soutenir le dernier des Seneca dans ses ambitions et faire de lui leur débiteur.

Le bâtard, Giuliano, a pour mère Iolana Gaglio, l’épouse d’un riche propriétaire terrien des environs de Bevelenus. Cette femme entretenait une liaison avec l’un des fils Seneca, à l’insu de son mari qui pense être le géniteur de Giuliano. Cependant, les traits du visage de Giuliano ont acquis une certaine ressemblance avec ceux de son père biologique au fil du temps. Désormais âgé de 19 ans, le jeune homme peut facilement passer pour un Seneca si on le compare aux portraits des patriciens disparus. C’est cette ressemblance qui causa l’apparition de la rumeur à son sujet.

Complications :
La Main dorée comme la Malédiction de Bevelenus seront bien évidemment impliquées dans la recherche de Giuliano, dans la perspective de l’éliminer. La Main n’a aucun intérêt à ce que Bevelenus lui échappe si Giuliano parvenait à obtenir le soutien de gens bien plus puissants. De leur côté, les conspirateurs de la Malédiction voient encore les Seneca comme des traitres à l’Empire, qui ne méritent pas de diriger la cité. Cependant, les deux groupes seront divisés en leur sein à propos du dernier des Seneca.
Au sein de la Main dorée, Patricia Arosti comprendra vite que sans des alliés au sein de la cité, Giuliano ne parviendra jamais à la diriger réellement, même s’il est soutenu par des gens puissants au sein de Ligue ou l’Empire. Le plan de Patricia sera d’une simplicité évidente : contacter l’héritier et le persuader de l’épouser. Avec le soutien des Arosti, le nouveau suzerain de la cité pourrait effectivement exercer son autorité. Et de son côté, sa jeune épouse gagnerait un beau rang dans la noblesse. Toute la stratégie de Patricia sera donc d’éviter à Giuliano une fin prématurée, mais sans dévoiler son jeu au reste de ses « associés ». Tout au moins, tant qu’elle n’aura pas la garantie qu’ils ne pourront rien faire pour l’arrêter.
De son côté, Claudio Teneva pourrait quant à lui saisir la balle au vol et soutenir le bâtard dans l’idée de débarrasser la cité du reste de la Main, pour devenir en coulisse l’homme fort du régime qui prendra sa place. Teneva et Arosti pourraient même un temps s’allier pour protéger Giuliano, mais aucun des deux partenaires n’accepterait la présence de l’autre sur le nouvel échiquier politique.

Parmi les membres de la Malédiction, la magistère Alberti n’éprouve pas une haine aussi virulente que les autres à propos des Seneca. Elle déplore leur décision de rejoindre la Ligue et estime qu’ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient. Mais cela ne veut pas dire que le bâtard Giuliano soit responsable de leurs actes. À tout prendre, pour la magistère, un patricien à la tête de Bevelenus serait tout de même bien mieux que cette coterie de négociants et de grippe-sous qui mène la ville. Alberti ne s’opposera pas frontalement aux autres conspirateurs, car elle redoute les réactions de plusieurs d’entre eux. Mais si elle peut prétexter un problème de santé pour ne pas prêter son concours (et ses pouvoirs) à un moment stratégique, ou alerter Giuliano sans qu’on puisse l’identifier, elle saisira certainement l’occasion.

Giuliano Gaglio/Seneca
Le jeune homme ignore tout de ses origines et Iolana, sa mère, est jusqu’à présent parvenue à éviter que les rumeurs ne parviennent à son fils et son époux. L’implication des PJ pourrait très bien faire voler en éclat cette situation précaire. Enzo, le mari trompé, risque fort de s’en prendre physiquement à son épouse, voire la tuer, lorsqu’il apprendra la vérité. Giuliano quant à lui refusera de laisser sa mère en danger et, si le Meneur le souhaite, les PJ pourraient avoir à empêcher un drame familial de se produire. La culture célianne étant très patriarcale, Enzo n’a guère de souci d’ordre judiciaire à se faire s’il tue son épouse adultère, même si son infidélité remonte à presque deux décennies.
Éduqué dans l’idée qu’il succède un jour à Enzo Gaglio, Giuliano est un jeune homme pondéré et responsable, même s’il n’a aucune connaissance des dessous retors de la politique célianne. Cependant, il se montrera très réticent à réclamer le titre des Comtes de Bevelenus, car il est assez intelligent pour comprendre qu’il a très peu de chances de survivre, sans parler de régner effectivement sur la cité. Le bâtard s’avèrera donc inexpérimenté, mais certainement pas naïf.

Laissé à lui-même, Giuliano tentera de survivre, en refusant de réclamer son héritage. S’il se croit en danger, il prendra la fuite, mais il ne croit pas constituer une menace réelle pour les nouveaux maitres de Bevelenus. Il revient au Meneur de déterminer si la Main le perçoit effectivement comme un problème sérieux, notamment si les PJ sont mandatés pour le soutenir ou ont intérêt à ce qu’il devienne Comte. De leur côté, les plus radicaux des membres de la Malédiction ne s’arrêteront pas à ce genre de « détail » et ils constituent une menace tout à fait sérieuse contre la vie du jeune homme.

Les factions extérieures à la cité
Si les relations et les actions passées des PJ s’y prêtent, les factions extérieures à la cité peuvent très bien se montrer beaucoup plus actives. Le trône impérial (à travers les actions du Mandato Diligente) soutiendra évidemment le bâtard pour qu’il devienne le seigneur de Bevelenus, mais Celalta devra agir avec moult précautions. Les risques que la Ligue décide de faire front commun par opportunisme contre cette « ingérence intolérable » sont en effet tout à fait réels. Le Mandato évitera donc d’apparaitre au grand jour, situation idéale si les PJ sont des condottieri fiables, ou des Mandati sous couverture.

Luca Bolzano et l’Empereur Aloysius ne sont pas convaincus que Bevelenus devrait absolument revenir dans le giron impérial. La situation géographique de la cité marchande risquerait d’en faire un enjeu militaire majeur… sans garantie pour Celalta d’en conserver le contrôle à long terme. Les impériaux soutiendront donc d’une main Giuliano, tout en restant en retrait pour voir venir.

Les Rufus de Laudano seront quant à eux nettement plus fermes dans leurs décisions. Ils comprendront rapidement que Giuliano risque de trouver des soutiens, sans lesquels il ne pose aucun danger. Si déstabiliser Bevelenus ne serait pas pour leur déplaire, les suzerains de Laudano redoutent que l’Empire, ou plus vraisemblablement leurs « chers alliés » de Zenevia ou Portoverde, profitent de la situation pour devenir les véritables maîtres de la cité. Du point de vue des Rufus, mieux vaut faire de la Main dorée leurs débiteurs, surtout dans la perspective de rendre à Laudano son ancienne puissance économique. Les seigneurs de Laudano feront donc appel à des mercenaires chargés d’éliminer rapidement le dernier des Seneca. Il peut tout à fait s’agir des PJ, si leurs préférences politiques ou leur plan de carrière s’y prêtent. Dans cette éventualité, les PJ seraient alors confrontés à des « collègues » employés par le Mandato Diligente, ou même Patricia Arosti.

Enfin, malgré les craintes des Rufus, ni Zenevia, ni Portoverde ne se mêleront du destin de Giuliano dans l’immédiat. Les Mazziani de Portoverde sont assez éloignés et ils ont d’autres casseroles sur le feu, alors que le prince Cato Labeo pense que tous ceux qui ont intérêt à faire disparaitre le dernier des Seneca feront le nécessaire à sa place. Évidemment, si les PJ ont déjà été confrontés aux Inscrutables par le passé, leur remettre dans les pattes les agents de Zenevia peut s’avérer intéressant. En dehors de cette possibilité, il s’avèrera que les Inscrutables n’ont pas des ressources illimitées, et que leurs agents à Bevelenus ont malheureusement été décimés durant le siège de la cité. Zenevia, Portoverde et tous les autres suivront bien évidemment attentivement la situation, une fois que l’existence de Giuliano sera parvenue à leurs oreilles. Il n’est pas dit qu’ils ne tentent pas d’en profiter par la suite, surtout s’il survit. Mais ça, c’est une autre histoire.

Bevelenus (2/3)

La malédiction de Bevelenus

Depuis la fondation de l’Empire, deux maisons importantes se sont succédées à la tête de la cité de Bevelenus, et toutes deux ont été éradiquées en s’opposant à la dynastie impériale. Par conséquent, depuis la fin de la guerre civile, certains beveleni se sont mis à croire que leur cité est victime d’une malédiction qui frappe ses dirigeants.

Les maisons défuntes.
Les Remana étaient issus d’un clan qui rejoignit l’Empire au début du 2ème siècle. Maison puissante s’il en est, ils usurpèrent le trône en 312, et disparurent avec l’ascension d’Adolphus, dit « le Restaurateur » en 342, à l’issue de la fameuse Guerre des Princes. Ceux qui pensent que Bevelenus est maudite y voient pour preuve que Cassius Remana, l’usurpateur, devint sénile après être monté sur le trône et fut tué par son héritier, Pertinax. Ce dernier quant à lui ne régna guère longtemps avant d’être tué par les partisans d’Adolphus.

Une fois au pouvoir, Adolphus mit à la tête de Bevelenus un nouveau Comte, Alessandro Seneca. Cet ancien chevalier  parmi les premiers fidèles d’Adolphus, fut au nombre de ceux dont la loyauté fut justement récompensée par le Restaurateur. La maison Seneca acquit beaucoup d’influence durant les siècles suivants, car elle noua des relations étroites avec les marchands de Bevelenus et les soutint activement dans leurs entreprises. Au sommet de leur puissance, les Seneca étaient jalousés par de nombreuses maisons, à commencer par les Rufus de Laudano. Durant la guerre civile, trois membres de la maison Seneca tombèrent sous le poignard des assassins et le dernier fut tué lors d’une escarmouche pendant le siège de la cité. La disparition totale des Seneca a grandement contribué à répandre les premières rumeurs sur « la malédiction ». Ceux qui croient en son existence pensent qu’elle frappe les maitres de la cité lorsqu’ils se dressent contre le pouvoir impérial.  Cela cause une certaine inquiétude à plusieurs membres de la Main dorée, qui ont pris le contrôle de la ville et confirmé son allégeance à la Ligue.

La vérité
Les rumeurs sont l’œuvre des moines sanctissimes (Imperium p.85) qui vénèrent Saint Andreas, un natif de la cité. Les moines ont constitué autour d’eux un petit groupe qui a pris ce nom de « malédiction de Bevelenus » et se sent investi d’une mission divine. De son vivant, Andreas Carus fut en effet le seul chevalier de Bevelenus à s’opposer à ses suzerains Remana, lorsqu’ils renversèrent la lignée Ambrosius. Son intégrité lui valut d’être exécuté par excruciation. Cependant, ses enfants parvinrent à échapper aux agents de l’usurpateur et furent recueillis par des amis de la famille. Par la suite, ils devinrent de fervents partisans du prince Adolphus et aidèrent les Seneca à s’établir dans leur nouvelle cité une fois les Remana renversés. Seul le fils cadet d’Andreas, Pietro, vécut assez longtemps pour faire édifier le petit monastère honorant son père, dont il devint le premier abbé.

En secret, le fondateur du monastère de Saint Andreas se sentait investi d’une mission de justice et jusqu’à son dernier jour, il poursuivit son œuvre : identifier et punir les ultimes partisans des Remana à Bevelenus. Il provoqua la mort ou la mise en accusation d’une bonne dizaine de personnes, sans que son nom apparaisse jamais. Son successeur découvrit la vérité dans le journal intime de Pietro mais garda le secret. Cependant, le journal ne fut jamais détruit et survécut jusqu’à l’époque actuelle.

Le monastère bénéficia pendant longtemps des dons et de la fréquentation des Seneca. Au cours du siècle dernier il a vu sa congrégation diminuer et une partie de l’édifice est désormais à l’abandon. Il ne compte plus que deux moines, Sincero et Modesto, qui partagent un sinistre secret : ils ont décidé de reprendre le flambeau du fondateur et d’honorer le sacrifice de Saint Andreas, en punissant les traitres à l’Empire. Durant la guerre civile, ils ont ainsi causé la mort de deux chevaliers en profitant des combats et d’une des filles de la maison Seneca. La jeune femme fut poignardée alors qu’elle était venue se réfugier au temple durant le siège, avant que sa dépouille soit abandonnée dans la rue. Les deux hommes ont également discrètement nourri les craintes populaires. Tout en prétendant être sincèrement chagrinés par la disparition de la lignée régnante de Bevelenus, ils n’ont cessé d’œuvrer depuis dix ans afin de faire croitre l’idée que tous les traîtres à l’Empire risquaient de devenir victimes de la malédiction. Jouer sur les similitudes entre le destin funeste des Remana et celui des Seneca était d’autant plus évident que les sanctissimes ont lu le journal intime de Pietro, et voient dans leur œuvre une tâche inspirée par Saint Andreas lui-même.

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Les conspirateurs
Durant la Guerre Civile les deux fondateurs de la malédiction parvinrent facilement à dissimuler leur responsabilité dans les morts dont ils furent responsables, mais des actions aussi radicales seraient impossibles désormais. Pendant plusieurs années, la reconstruction de la cité et les tensions avec l’Empire ont empêché les deux hommes d’avoir les coudées franches. Si leur résolution perdure, elle a perdu une bonne partie de sa force. Dans leurs rêves les plus fous, Sincero et Modesto aimeraient être les inspirateurs d’un grand soulèvement populaire, qui permettrait à Bevelenus de rejoindre l’Empire, mais ils sont très indécis sur la marche à suivre. Notamment parce que malgré la grogne et le mécontentement, la population de Bevelenus demeure majoritairement satisfaite du changement de gouvernement, au grand dam des deux moines et en dépit de leurs efforts furtifs de propagande. Depuis l’armistice, ils n’ont trouvé que quatre fidèles qui soient dignes de confiance et suffisamment résolus pour embrasser leur cause.

Les six membres de la malédiction :
– Sincero : l’ainé des deux moines de Saint Andreas, Sincero est aussi le plus pondéré des membres de la conspiration. Cependant, derrière une façade imperturbable, il dissimule un trouble plus profond : après trente ans de service, jamais Saint Andreas ne s’est adressé à lui, ni ne lui a conféré le moindre pouvoir. Sincero est rongé par le doute et espère qu’en poursuivant l’œuvre du premier abbé du monastère, le saint finira par reconnaitre ses mérites. Sa foi est encore forte, mais elle décline inexorablement.

– Modesto : plus virulent et intransigeant que son confrère, Modesto est essentiellement motivé par un sens aigu de l’injustice et par la jalousie. En fin de compte, même s’il croit en Saint Andreas, le moine est tellement persuadé de sa propre rectitude qu’il ne remettrait jamais en cause ses actions les plus radicales. Modesto doit déployer beaucoup d’efforts pour ne pas attirer les soupçons des fidèles qui ne font pas partie de la conspiration, mais jusqu’à présent, personne n’a envisagé qu’il puisse être autre chose qu’un moine plutôt rébarbatif et autoritaire.

– Cato Felice : un licteur de la cité qui ne supporte pas les passe-droits et les prérogatives dont abusent de plus en plus  les bourgeois. Cato n’est pas du genre à cacher ses opinions, ce qui l’a privé deux fois d’une promotion qu’il juge amplement méritée et lui a attiré quelques inimitiés parmi ses estimés collègues. Comme on peut l’imaginer, sa nature assez franche fait qu’il s’entend assez bien avec Modesto.

– Claudia Alberti : cette vieille magistère loyale envers les Seneca est rongée par de terribles problèmes d’arthrose. Tous ses confrères ayant péri durant la guerre civile, elle s’est retrouvée à la tête de son ancienne école. L’opportunisme de la Main dorée qui fait pression sur elle afin de contrôler ses élèves l’irrite profondément. Sa santé déclinante l’empêche souvent de mettre ses pouvoirs au service de la malédiction mais en tant que magistère trine (maitrisant les magies vernale, estivale et hivernale) elle représente quand même un atout de taille.

– Ernesto Scala : un maçon pieux et humble, dont le sens de la justice a été exacerbé par les autres conspirateurs au point que cet homme généralement affable et timide est devenu le plus exalté des membres de la malédiction. Quand il est calme, Ernesto reste en retrait et participe peu aux discussions des conspirateurs, mais dés que la tension monte, il devient si virulent que Modesto et Cato doivent parfois calmer ses ardeurs vengeresses.

– Julius Alesi :  un jeune condottiero au passé trouble, qui loue ses services en tant que garde du corps. La conscience de Julius est accablée par certains actes qu’il a commis durant ses pérégrinations. Ses tourments intérieurs n’ont pas échappé au moine Sincero, fin psychologue, qui l’a recruté dans la conspiration. S’il est certainement le meilleur combattant des membres de la malédiction, Julius Alesi est encore celui qui aurait le plus de scrupules à tuer des personnes sans défense. Il a déjà bien trop de fantômes similaires sur la conscience.

La malédiction en action
Ces dernières années, le groupe n’a rien fait de décisif et son activité a consisté pour l’essentiel à perpétuer les rumeurs sur la supposée malédiction devant s’abattre sur les traitres. Ils se réunissent au moins une fois par mois et leurs discussions sans fin mettent en évidence les divisions au sein des conspirateurs. Ils ne parviennent tout simplement pas à se mettre d’accord sur la marche à suivre : faut-il chercher à s’allier avec une maison patricienne impériale proche ? Frapper des personnalités en vue de la cité ? Monter les traîtres les uns contre les autres, y compris en soutenant les voisins et rivaux de Bevelenus ? Tenter de déclencher une révolte de la plèbe ? Consolider encore leurs forces dans l’espoir de pouvoir dans un avenir proche apparaitre au grand jour ? Identifier des espions celaltans pour se mettre en rapport avec eux ? Modesto est le plus déterminé à agir, probablement parce qu’il a toujours jalousé ceux qui réussissent. Il peut compter sur la ferveur de Cato et d’Ernesto, même si ce dernier est souvent plus une gêne qu’un atout. Cependant, à part quelques agressions de serviteurs des membres de la Main dorée  et l’incendie de la demeure d’un chevalier, la malédiction n’a rien de concret à son actif depuis la fin de la guerre civile. Sincero conserve le contrôle du groupe, grâce à ses discours empreints de justice et de piété, mais il est lui-même incapable de prendre le taureau par les cornes pour mener ses alliés dans l’action.

Ainsi, l’impatience ronge de plus en plus le petit groupe de conspirateurs. Cela risque fort d’amener l’un d’eux à se montrer imprudent, ou à passer à l’action de manière précipitée. Cela risque de se produire si jamais un scandale suffisamment choquant ou un évènement d’importance est perçu par les plus impatients des conspirateurs comme une opportunité en or. Ensuite, l’affaire a toutes les chances de tourner très vite au carnage car chacun des membres de la malédiction a en tête plusieurs personnes dont il souhaite précipiter la ruine, ou abréger les jours. Pour la plus grande gloire de Saint Andreas, cela va sans dire.

A suivre dans la troisième partie : le dernier des Seneca

Bevelenus (1/3)

Bevelenus

(premier article d’une série de trois, à destination des Meneurs)

Au premier coup d’œil
Traversée par le fleuve Prospero, la cité de Bevelenus est depuis longtemps l’un des centres économiques majeurs des territoires célians, et désormais le principal carrefour commercial entre la Ligue et l’Empire. Depuis la fin de la guerre civile, le conseil de princes marchands qui a pris le pouvoir après la disparition de la maison Seneca a complètement effacé les traces du siège de 981/982 et des combats de rue qui s’ensuivirent.

La rive nord du Prospero a également fait l’objet de chantiers visant à fortifier les deux ponts qui enjambent le fleuve, leurs alentours ainsi que les quais. Des expropriations ont été promptement menées en plusieurs occasions. Il semble évident que les autorités de la cité ont tiré les leçons du siège et redoutent une nouvelle offensive impériale. Dans cette perspective, il apparait chaque jour plus visible que la rive droite de Bevelenus est destinée à être sacrifiée, si jamais les murs de la cité devaient à nouveau être franchis par les légions de Celalta.

Officiellement, les privilèges patriciens ont été abolis et la loi est la même pour tous les citoyens de Bevelenus. Dans la pratique, les esprits les plus vifs ont rapidement constaté que désormais, l’argent ouvrait toutes les portes. Les avantages bien réels que la bourgeoisie tirait auparavant de sa richesse sont devenus de plus en plus visibles. Par ailleurs, la morgue de ces plébéiens aisés et surtout leur jalousie envers la noblesse sont apparues au grand jour : les riches familles plébéiennes se sont accaparées sans vergogne toutes les possessions des patriciens disparus ou partis. Presque tous les domestiques des familles patriciennes ont immédiatement trouvé de nouveaux emplois auprès des familles bourgeoises, dont plus d’une a déménagé pour s’installer dans une demeure patricienne.

Le gouvernement
Les cinq puissants plébéiens qui contrôlent la cité ont baptisé leur conseil « la Main dorée » pour bien rappeler au monde que la prospérité de la cité est leur première préoccupation. Le terme de « main » vise aussi à présenter le conseil sous un jour modeste, comme un simple organe exécutif, mais rares sont ceux qui sont dupes. Le fait d’avoir rebaptisé le palais des Comtes de Bevelenus « Hôtel de Ville » ne fait pas davantage illusion aux yeux des Beveleni. Si la Main s’y réunit chaque semaine, tout le monde a remarqué que les nouveaux maîtres de la cité s’étaient partagés le contenu de la demeure patricienne mais qu’aucun  ne s’y est installé. Sans doute parce que  l’Hôtel de ville aux trois quarts vide se trouve sur la rive droite de la cité et que les rues avoisinantes furent le théâtre d’âpres combats durant l’hiver 982…

In fine, le règne des cinq est encore trop récent et va à l’encontre des traditions céliannes en matière de gouvernement. Si la prospérité croissante de Bevelenus assure à la Main dorée un soutien réel dans les diverses couches de la population, une proportion importante des Beveleni a bien compris que la Main voulait avant tout assurer sa propre survie. Les beaux discours des premiers mois sur une nouvelle gouvernance par des gens issus de la plèbe et soucieux de l’avenir commun ont vite laissé la place à une certaine déception et des rumeurs bien plus inquiétantes. Nombreux sont ceux qui pensent que les cinq maîtres de la cité s’accrocheront à Bevelenus tant que cela sera viable, mais n’hésiteront pas à faire leurs bagages et abandonner la population en cas de conflit armé.

Les forces armées
La majorité des chevaliers inféodés aux Seneca ont péri durant la guerre civile, la plupart durant le siège de Bevelenus. Plusieurs parmi les survivants ont préféré quitter la cité lorsqu’il devint évident que la Main dorée les tiendrait à l’écart du pouvoir et qu’ils cesseraient de bénéficier des privilèges patriciens. La plupart ont rejoint les derniers barons anciennement vassaux des Seneca sur leurs terres. Pourtant, ceux qui sont restés sont parvenus à garder le contrôle des rares soldats de métier qui ont survécu au siège et ont formé la Garde Civile de Bevelenus. La Garde compte aussi dans ses rangs plusieurs renégats de la Légion VIII, précédemment stationnée le long du Prospero. L’état-major de la VIII fut en effet éliminé dés le début de la Guerre Civile par les agents de Zenevia et une part importante de ses effectifs rejoignit la Ligue, aux côtés des traitres de la XXIX. Les légionnaires de la VIII passés au service de la Ligue furent très impliqués dans le siège de Bevelenus, aux côtés des Seneca. La richesse de la cité a permis d’étoffer rapidement ce petit noyau de vétérans, mais la plupart des nouvelles recrues manquent d’expérience, ou sont avant tout motivées par une solde importante. La Garde Civile peine donc à assurer la sécurité des terres autrefois propriété des Seneca et se concentre surtout sur la défense de Bevelenus elle-même.

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La Main dorée
– Alessandro Menini : vieillard retors, jaloux et paranoïaque, Menini est cordialement détesté par tous ceux qui le connaissent. Cependant, il fut longtemps l’homme de confiance des Seneca, chargé de seconder le Comte de Bevelenus dans la gestion de la Banca del Prospero, premier établissement bancaire de la cité marchande. Menini a donc très rapidement pris le contrôle total de la banque et, s’il n’est pas le plus puissant des membres de la Main, il est en bonne passe de le devenir car il a l’œil sur toutes les grandes transactions menées par ses « amis » au sein du conseil. Par ailleurs, le nouveau directeur de la banque a évidemment mis la main sur le contenu de plusieurs coffres dont les propriétaires ont disparu ou péri durant la guerre civile. Aux yeux du reste de la Main comme de la population, le vieil homme est un mal dont tout le monde déplore la nécessité…

– Lauros Menataki : figure de proue de la communauté ikonienne, ce maître verrier d’âge moyen s’est illustré durant les combats de rue et sa popularité (ainsi que son argent) lui ont permis de rejoindre le conseil. En dépit du fait qu’il soit ikonien, Menataki est parmi les membres de la Main l’un des plus appréciés, sans doute parce qu’il est un artisan et que ses manières sont restées celles d’un homme du peuple. Les gens qui se disent bien informés affirment cependant que le maître verrier possède des intérêts importants dans diverses activités criminelles.  Certains voient même en lui un véritable parrain du crime. La communauté ikonienne de Bevelenus ne dit mot à propos de ces rumeurs et fait bloc derrière Menataki. Ceux qui n’ont jamais apprécié les Ikoniens affirment que ces derniers se moquent bien des moyens utilisés par Menataki pour maintenir son pouvoir, car son peuple jouit grâce à lui d’une position et d’une influence rarement observées dans les cités céliannes.

– Elena Nerellus : presque aussi âgée qu’Alessandro Menini, Nerellus est une figure bien moins controversée, alors que son influence est sans rivale. En effet, Elena a su placer ses enfants par le biais de mariages arrangés auprès de plusieurs familles bourgeoises parmi les plus aisées. Elle compte même des alliés au sein des derniers chevaliers de la cité. Ses intérêts financiers sont aussi multiples que diversifiés et s’étendent bien au delà de Bevelenus. Même Menataki a du mal à suivre tous les fils que tire Nerellus. La vieille matriarche est un esprit pondéré et méticuleux, sans doute le meilleur atout dont la Main dispose pour assurer son avenir. Cependant, c’est aussi la moins connue des membres du conseil et elle n’a que peu de partisans au sein des milieux les plus modestes.

– Claudio Teneva : seul survivant de sa famille, Teneva a décidé de renoncer à son statut de chevalier, même s’il a gardé le contrôle des quatre auberges que patronnaient ses parents. Plutôt que de quitter Bevelenus pour devenir le vassal d’un autre noble de la Ligue, il s’est concentré sur l’avenir de la cité où il est né et qu’il a défendu les armes à la main. Le fait qu’il ait abandonné son statut de lui-même pour prendre la tête de la Garde Civile a été utilisé par le reste du conseil pour légiférer afin d’abolir les privilèges patriciens. Teneva préférait les armes aux activités commerciales de sa famille et on le voit avant tout comme un soldat de métier et un fils loyal de Bevelenus. Pour autant, il a rapidement perdu ses (rares) illusions sur la Main dorée et se retient à grand-peine pour ne pas laisser éclater son mépris croissant envers ses pairs. Un jour prochain, il se pourrait que Teneva en arrive à croire nécessaire une reprise en main de la cité… et s’il ne détestait pas autant la politique, l’idée lui serait certainement déjà venue depuis un moment.

 – Patricia Arosti : la cadette de la Main n’a que vingt-cinq ans et occupe sa position depuis une année à peine. Fille ainée du puissant Luca Arosti, affréteur et maître de la guilde des débardeurs de Bevelenus, Patricia s’est retrouvée catapultée au conseil lorsque son père à manqué périr d’une violente attaque cérébrale. Luca est désormais cloué dans son lit et son esprit n’est pas toujours très clair. Patricia s’est avérée être une jeune personne assez calculatrice sous des dehors frivoles et si on lui connait plusieurs aventures, elle ne semble pas pressée de prendre époux. Elle prend plaisir à jouir des avantages de sa position (ses réceptions sont devenues incontournables pour les gens aisés de Bevelenus) mais reste très difficile à déchiffrer. Ses opinions lors des réunions sont souvent changeantes et nul ne sait si elle est inconstante ou s’efforce de gagner en influence en semant la zizanie.

La situation actuelle
Si la normalisation progressive de la situation entre l’Empire et la Ligue ces dix dernières années ont rassuré la population de Bevelenus et relancé les échanges commerciaux, plusieurs sources d’inquiétude demeurent. En premier lieu, évidemment, la situation géographique et stratégique de Bevelenus est la même qu’au début de la guerre civile : elle sera un objectif de choix pour les légions si un nouveau conflit venait à éclater. Or la cité marchande ne peut plus compter sur ses alliés au sein de la Ligue, dont le soutien est des plus tièdes. Le fait que la Main ait profité au maximum de l’infortune de la cité de Laudano ne joue pas en sa faveur et la maison Rufus nourrit une animosité indéniable envers les dirigeants de Bevelenus.

Par ailleurs, les barons auparavant vassaux des Seneca ont tous rompu leurs liens avec Bevelenus. Deux d’entre eux ont formé une alliance pour demeurer autonomes au sein de la Ligue, alors que les deux autres ont respectivement prêté allégeance aux seigneurs de Felonius et Laudano. Si les échanges avec ces voisins méfiants perdurent, ils sont assez peu cordiaux pour dire la vérité. Bevelenus contrôle encore les terres qui appartenaient en propre aux Seneca, mais ce morcellement politique complique énormément les opérations de la Garde Civile. Certains fermiers hésitent encore entre rester dans le giron de la cité ou prêter allégeance à l’un des barons, avec tous les risques que cela implique.

Enfin, les cinq dirigeants de la Main ont du mal à cohabiter. Tout le monde déteste Alessandro Menini.  Menataki soupçonne ses « associés » de faire bloc contre lui parce qu’il est ikonien. Teneva a de plus en plus de mal à cacher sa colère et son mépris, alors qu’Elena Nerellus peine à calmer les tensions permanentes au sein du groupe. Enfin, la jeune Arosti reste quantité inconnue et nul ne sait encore quel jeu elle pourrait jouer dans le dos de ses partenaires.

Si l’Empire ou les « alliés » de Bevelenus ne se dressent pas contre elle, la cité marchande devra quand même compter avec le voisinage, le mécontentement réel d’une partie de sa population et le fait que ses forces armées soient menées par un homme qui supporte de moins en moins les manœuvres et les tergiversations de la Main dorée.

A suivre : La malédiction de Bevelenus