Archives de catégorie : Contexte

Textes d’ambiance et présentation d’éléments de l’univers de Chiaroscuro

Final Fantasy

Dans un précédent article (http://chiaroscuro.vagabondsdureve.fr/jack-vance/), j’évoquai en quoi les nouvelles et romans de Jack Vance avaient nourri le projet Chiaroscuro.

On m’a également demandé de préciser les apports que la série de jeux vidéo Final Fantasy avait pu constituer.

L’apport le plus direct, ce sont les invocations de l’Eglise Séraphique, fortement inspirées par les Fayths de Yevon dans Final Fantasy X. Leurs origines ne sont pas les mêmes mais assez similaires sur un point important : ce sont des entités incarnées par la volonté d’un mortel. Dans FFX, l’invocateur ne fait en réalité qu’employer le pouvoir que lui accorde le Priant qui correspond à son invocation. Les Priants eux-mêmes sont des mortels qui ont accepté de devenir des statues de pierre dans les temples yevonites, afin de conférer leurs pouvoirs aux invocateurs. Plusieurs invocateurs peuvent donc maîtriser la même invocation. C’est le cas de Belgemine, une invocatrice que le joueur rencontre à plusieurs reprises et qui demande à Yuna de la vaincre dans un duel d’invocation à chaque fois.

Comme l’église de Yevon dans FFX, l’église Séraphique est surtout un outil de contrôle social, sur lequel on a greffé des facettes spirituelles. A la différence, évidemment, que cela est bien plus visible et explicite en ce qui concerne les séraphistes de Chiaroscuro. Ils sont les premiers à reconnaitre que leur mystique est surtout symbolique. Les parallèles entre la doctrine de Yevon (qui prône un contrôle rigoureux de la technologie responsable des anciennes calamités) et celle de l’Eglise Séraphique (qui prône le contrôle de la magie d’invocation à travers le dogme séraphiste, afin d’éviter un cataclysme comme celui qui causa la fin de l’Hégémonie) sont assez évidents.

En dehors de ce point précis, les inspirations de Final Fantasy en matière de religion sont plus discrètes, mais bien réelles. Les divinités des différents univers de Final Fantasy sont le plus souvent énigmatiques, à l’instar de Père Nuages et Mère Sylve. La plupart n’accordent qu’une importance secondaire à l’humanité (Lindzei et Pulse dans FFXIII par exemple, ou la Warring Triad de FFVI). Leur nature même est sujette à caution, comme Minerva (FFVII Crisis Core). Certaines divinités – comme les Occuria d’Ivalice (le monde de FFXII) ou Bhunivelze (dans la trilogie FFXIII) voient simplement les mortels comme des outils à utiliser, avant de s’en débarrasser. Même des entités perçues comme plutôt bénignes par les mortels, comme Etro (FFXIII) ou les dieux d’Eos (FFXV) ont des préoccupations qui n’ont guère de rapports avec les désirs et les peurs de l’humanité. Dans le chapitre traitant du rôle des dieux de Chiaroscuro, plusieurs possibilités sont proposées au Meneur, qui dépeignent toutes des êtres distants, difficiles à comprendre et aux motivations fondamentalement étrangères à celles des mortels. On est très loin de la plupart des dieux polythéistes de notre propre monde (reflets des facettes de la nature humaine), sans parler des impératifs moraux qui caractérisent les monothéismes.

Sur le plan esthétique, Final Fantasy (et plus généralement l’esthétique des jeux vidéo et de l’animation japonais) contribue discrètement à Chiaroscuro : les teintures versicolores des patriciens célians ou les armes et armures transparents d’acier adamantin n’ont guère de rapports avec l’imagerie antiquité/moyen-âge qui prévaut dans Chiaroscuro – Imperium. Ah, et il y a quelques navires volants, sur Chiaroscuro. Dans les jeux FF les plus anciens (jusqu’au 12ème opus environ), le joueur se retrouve souvent le seul détenteur d’un vaisseau aérien dans le jeu et gageons que sur Chiaroscuro, un groupe de PJ ne devrait pas mettre la main sur l’un d’eux tous les jours…

Enfin, l’idée des Mystères (notamment de ceux utilisés en combat) découle presque directement de certaines attaques ou capacités spéciales qu’on peut trouver dans la très grande majorité des Final Fantasy. Par exemple, chaque personnage de FFVI, ou FFIX,  dispose d’un pouvoir spécial personnel, utilisable en plus des possibilités communes à tous les personnages (attaque, magie, objet, etc…). Dans FFX, le système de progression privilégie un lien évident entre certains personnages et certaines aptitudes (Yuna et la magie blanche, Auron et les attaques contre les ennemis blindés par exemples), mais dans le fond, on peut très bien contourner ce problème (même si Auron ne sera jamais un aussi bon mage blanc que Yuna). L’idée au final est simple : les Mystères (et les Arcanes) permettent d’apprendre des capacités relativement rares dans le monde (et probablement uniques à chaque PJ dans le groupe), en s’appuyant sur la progression du personnage, bien plus que sur son concept initial.

Bevelenus 3/3

Nous concluons cette trilogie d’articles avec une trame de scénario se déroulant à Bevelenus.

Le dernier des Seneca
La rumeur évoque l’existence d’un héritier potentiel des comtes de Bevelenus, une nouvelle qui ne laisse personne indifférent dans les sphères du pouvoir de la Ligue autant que de l’Empire. Les princes-marchands de Bevelenus ont tout intérêt à ce que cet héritier disparaisse, alors que leurs rivaux dans la Ligue et l’Empire espèrent s’en servir à leur profit. La situation peut même s’avérer encore plus compliquée.

Implication :
Des PJ condottieri peuvent être mandatés par les riches maîtres de Bevelenus pour identifier et éliminer l’héritier. A contrario, ils peuvent être recrutés pour le mettre en sécurité et le ramener à Celalta ou au Prince de la Ligue qui les paie, afin de fragiliser le pouvoir de la Main dorée.
Des PJ patriciens pourraient avoir intérêt quant à eux à soutenir ces mêmes princes marchands (en faisant disparaitre le bâtard) si leur maison veut entretenir de bonnes relations avec une cité qui pèse lourd dans les échanges commerciaux entre la Ligue et l’Empire. À l’inverse, ils pourraient soutenir le dernier des Seneca dans ses ambitions et faire de lui leur débiteur.

Le bâtard, Giuliano, a pour mère Iolana Gaglio, l’épouse d’un riche propriétaire terrien des environs de Bevelenus. Cette femme entretenait une liaison avec l’un des fils Seneca, à l’insu de son mari qui pense être le géniteur de Giuliano. Cependant, les traits du visage de Giuliano ont acquis une certaine ressemblance avec ceux de son père biologique au fil du temps. Désormais âgé de 19 ans, le jeune homme peut facilement passer pour un Seneca si on le compare aux portraits des patriciens disparus. C’est cette ressemblance qui causa l’apparition de la rumeur à son sujet.

Complications :
La Main dorée comme la Malédiction de Bevelenus seront bien évidemment impliquées dans la recherche de Giuliano, dans la perspective de l’éliminer. La Main n’a aucun intérêt à ce que Bevelenus lui échappe si Giuliano parvenait à obtenir le soutien de gens bien plus puissants. De leur côté, les conspirateurs de la Malédiction voient encore les Seneca comme des traitres à l’Empire, qui ne méritent pas de diriger la cité. Cependant, les deux groupes seront divisés en leur sein à propos du dernier des Seneca.
Au sein de la Main dorée, Patricia Arosti comprendra vite que sans des alliés au sein de la cité, Giuliano ne parviendra jamais à la diriger réellement, même s’il est soutenu par des gens puissants au sein de Ligue ou l’Empire. Le plan de Patricia sera d’une simplicité évidente : contacter l’héritier et le persuader de l’épouser. Avec le soutien des Arosti, le nouveau suzerain de la cité pourrait effectivement exercer son autorité. Et de son côté, sa jeune épouse gagnerait un beau rang dans la noblesse. Toute la stratégie de Patricia sera donc d’éviter à Giuliano une fin prématurée, mais sans dévoiler son jeu au reste de ses « associés ». Tout au moins, tant qu’elle n’aura pas la garantie qu’ils ne pourront rien faire pour l’arrêter.
De son côté, Claudio Teneva pourrait quant à lui saisir la balle au vol et soutenir le bâtard dans l’idée de débarrasser la cité du reste de la Main, pour devenir en coulisse l’homme fort du régime qui prendra sa place. Teneva et Arosti pourraient même un temps s’allier pour protéger Giuliano, mais aucun des deux partenaires n’accepterait la présence de l’autre sur le nouvel échiquier politique.

Parmi les membres de la Malédiction, la magistère Alberti n’éprouve pas une haine aussi virulente que les autres à propos des Seneca. Elle déplore leur décision de rejoindre la Ligue et estime qu’ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient. Mais cela ne veut pas dire que le bâtard Giuliano soit responsable de leurs actes. À tout prendre, pour la magistère, un patricien à la tête de Bevelenus serait tout de même bien mieux que cette coterie de négociants et de grippe-sous qui mène la ville. Alberti ne s’opposera pas frontalement aux autres conspirateurs, car elle redoute les réactions de plusieurs d’entre eux. Mais si elle peut prétexter un problème de santé pour ne pas prêter son concours (et ses pouvoirs) à un moment stratégique, ou alerter Giuliano sans qu’on puisse l’identifier, elle saisira certainement l’occasion.

Giuliano Gaglio/Seneca
Le jeune homme ignore tout de ses origines et Iolana, sa mère, est jusqu’à présent parvenue à éviter que les rumeurs ne parviennent à son fils et son époux. L’implication des PJ pourrait très bien faire voler en éclat cette situation précaire. Enzo, le mari trompé, risque fort de s’en prendre physiquement à son épouse, voire la tuer, lorsqu’il apprendra la vérité. Giuliano quant à lui refusera de laisser sa mère en danger et, si le Meneur le souhaite, les PJ pourraient avoir à empêcher un drame familial de se produire. La culture célianne étant très patriarcale, Enzo n’a guère de souci d’ordre judiciaire à se faire s’il tue son épouse adultère, même si son infidélité remonte à presque deux décennies.
Éduqué dans l’idée qu’il succède un jour à Enzo Gaglio, Giuliano est un jeune homme pondéré et responsable, même s’il n’a aucune connaissance des dessous retors de la politique célianne. Cependant, il se montrera très réticent à réclamer le titre des Comtes de Bevelenus, car il est assez intelligent pour comprendre qu’il a très peu de chances de survivre, sans parler de régner effectivement sur la cité. Le bâtard s’avèrera donc inexpérimenté, mais certainement pas naïf.

Laissé à lui-même, Giuliano tentera de survivre, en refusant de réclamer son héritage. S’il se croit en danger, il prendra la fuite, mais il ne croit pas constituer une menace réelle pour les nouveaux maitres de Bevelenus. Il revient au Meneur de déterminer si la Main le perçoit effectivement comme un problème sérieux, notamment si les PJ sont mandatés pour le soutenir ou ont intérêt à ce qu’il devienne Comte. De leur côté, les plus radicaux des membres de la Malédiction ne s’arrêteront pas à ce genre de « détail » et ils constituent une menace tout à fait sérieuse contre la vie du jeune homme.

Les factions extérieures à la cité
Si les relations et les actions passées des PJ s’y prêtent, les factions extérieures à la cité peuvent très bien se montrer beaucoup plus actives. Le trône impérial (à travers les actions du Mandato Diligente) soutiendra évidemment le bâtard pour qu’il devienne le seigneur de Bevelenus, mais Celalta devra agir avec moult précautions. Les risques que la Ligue décide de faire front commun par opportunisme contre cette « ingérence intolérable » sont en effet tout à fait réels. Le Mandato évitera donc d’apparaitre au grand jour, situation idéale si les PJ sont des condottieri fiables, ou des Mandati sous couverture.

Luca Bolzano et l’Empereur Aloysius ne sont pas convaincus que Bevelenus devrait absolument revenir dans le giron impérial. La situation géographique de la cité marchande risquerait d’en faire un enjeu militaire majeur… sans garantie pour Celalta d’en conserver le contrôle à long terme. Les impériaux soutiendront donc d’une main Giuliano, tout en restant en retrait pour voir venir.

Les Rufus de Laudano seront quant à eux nettement plus fermes dans leurs décisions. Ils comprendront rapidement que Giuliano risque de trouver des soutiens, sans lesquels il ne pose aucun danger. Si déstabiliser Bevelenus ne serait pas pour leur déplaire, les suzerains de Laudano redoutent que l’Empire, ou plus vraisemblablement leurs « chers alliés » de Zenevia ou Portoverde, profitent de la situation pour devenir les véritables maîtres de la cité. Du point de vue des Rufus, mieux vaut faire de la Main dorée leurs débiteurs, surtout dans la perspective de rendre à Laudano son ancienne puissance économique. Les seigneurs de Laudano feront donc appel à des mercenaires chargés d’éliminer rapidement le dernier des Seneca. Il peut tout à fait s’agir des PJ, si leurs préférences politiques ou leur plan de carrière s’y prêtent. Dans cette éventualité, les PJ seraient alors confrontés à des « collègues » employés par le Mandato Diligente, ou même Patricia Arosti.

Enfin, malgré les craintes des Rufus, ni Zenevia, ni Portoverde ne se mêleront du destin de Giuliano dans l’immédiat. Les Mazziani de Portoverde sont assez éloignés et ils ont d’autres casseroles sur le feu, alors que le prince Cato Labeo pense que tous ceux qui ont intérêt à faire disparaitre le dernier des Seneca feront le nécessaire à sa place. Évidemment, si les PJ ont déjà été confrontés aux Inscrutables par le passé, leur remettre dans les pattes les agents de Zenevia peut s’avérer intéressant. En dehors de cette possibilité, il s’avèrera que les Inscrutables n’ont pas des ressources illimitées, et que leurs agents à Bevelenus ont malheureusement été décimés durant le siège de la cité. Zenevia, Portoverde et tous les autres suivront bien évidemment attentivement la situation, une fois que l’existence de Giuliano sera parvenue à leurs oreilles. Il n’est pas dit qu’ils ne tentent pas d’en profiter par la suite, surtout s’il survit. Mais ça, c’est une autre histoire.