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Les Ikoniens après la chute

Une fois l’archipel d’Ikonia ravagé, les survivants se divisèrent en trois grands groupes, les sédentaires, les ouramans et les nomades, qui perdurent encore aujourd’hui. Cette division de la société ikonienne a émergé principalement par la façon dont les Ikoniens vécurent la chute de l’Hégémonie et la destruction de leur archipel natal. Ainsi, les sédentaires souhaitent préserver leur identité ikonienne mais sont conscients que les autres peuples n’ont pas oublié leur ancienne domination. Affirmer leur identité tout en évitant de se mettre à dos leurs voisins résume leur ligne de conduite depuis les origines.

Les ouramans, quant à eux, pensent que l’Hégémonie aurait pu évoluer autrement, si une dimension plus collective et respectueuse de sa diversité culturelle avait pu voir le jour. Les dogmes sociaux de l’Église Séraphique et son organisation même en font, du point de vue des ouramans, le meilleur outil possible pour stabiliser les sociétés continentales et éviter dans le même temps les frictions qui causèrent la fin de l’Hégémonie. A cet égard, la guerre civile qui brisa en deux l’Empire de Celalta suscite bien des controverses au sein de la hiérarchie de la Cité Sainte.

Les nomades, à l’inverse, se moquent bien d’une quelconque unité ikonienne, quelles que soient ses ambitions. Issus majoritairement des couches les plus modestes de l’Hégémonie (Effectuateurs peu considérés et Indigents), leurs ancêtres ne voyaient aucun intérêt à préserver un système dans lequel on ne leur accordait guère d’importance.

Les sédentaires
Ils sont présents dans de nombreuses agglomérations à travers les territoires contrôlés par les Célians et les Lyrriens. Ils vivent surtout dans des enclaves ou des quartiers délimités. On trouve également de petites communautés ikoniennes à Belvorov et sur plusieurs îles de la Mosaïque. Ces Ikoniens tentent de préserver une certaine identité culturelle, tout en cohabitant avec leurs voisins bien plus nombreux. Les mariages entre ikoniens de différentes enclaves sont fréquents, mais ceux avec des personnes issues des autres peuples bien plus rares. Les coutumes des sédentaires mélangent à la fois l’héritage ikonien et les us des Lyrriens ou des Célians. Le système des castes existe toujours au sein des communautés sédentaires, mais on ne trouve presque pas de Promoteurs et une poignée seulement de Parfaits. Dans la pratique, les sédentaires sont quasiment tous des Effectuateurs, même si en dehors de leurs quartiers et enclaves, personne n’en a cure. Les enclaves ikoniennes sont généralement pleinement intégrées à la société locale et ne se distinguent que par les us de leurs habitants, et une tendance prononcée à régler leurs problèmes en interne sans impliquer les autorités. Si tous leurs résidents se considèrent avant tout comme des Ikoniens, sur le plan légal, leur situation a beaucoup varié selon les lieux et les époques. Actuellement, les sédentaires sont considérés comme des citoyens impériaux à part entière, par exemple, alors qu’il y a encore un siècle, ils étaient rabaissés au rang d’étranger et qu’il arrivait que des patriciens les fassent expulser et réduire à l’esclavage pour s’emparer de leurs possessions.
Le grand quartier ikonien de Celalta est hospitalier et accueille une foule de fêtards ainsi que des voyageurs de passage, mais il est assez atypique. La majorité des autres enclaves vivent de manière nettement plus autarcique et leurs résidents se montrent assez circonspects envers les visiteurs, allant jusqu’à refuser de les servir dans les commerces du quartier.  Si les lois céliannes ou lyrriennes n’interdisent à personne de s’installer dans un quartier ikonien, dans les faits, rares sont ceux qui s’y essaient et plus rares encore ceux qui parviennent à se faire accepter.

Les ouramans
Ils se désignent d’après l’ancien nom de la Cité Sainte, Ouramas. Fondateurs de l’Église Séraphique, ils veulent donner un nouvel essor aux vieilles ambitions civilisatrices d’Ikonia, en œuvrant à travers leur église à fédérer les différents peuples. Les ouramans ont également conservé le système des castes d’origine, mais ils l’ont sensiblement modifié en y donnant une meilleure place aux non-ikoniens. Ainsi, quelles que soient leurs origines tous les prêtres séraphistes ordonnés font automatiquement partie de la caste des Parfaits, de même que tous les officiers de l’armée de la Cité Sainte rejoignent les rangs des Promoteurs. Dans les territoires de Protectorats, les descendants des Déchus qui ont prêté allégeance à la Cité Sainte sont devenus les Isones, littéralement « ceux qui sont égaux en droits ». Ils sont pleinement intégrés au système des castes et plusieurs lignées isones sont parvenues à atteindre des positions d’importance dans la hiérarchie ouramane. Cependant, les Hiérarques qui dirigent l’Église Séraphique sont encore presque tous des Ikoniens, et les rares Isones qui sont parvenus à se hisser à ce rang ne nourrissent guère d’espoir que l’un d’eux puisse dans un avenir proche devenir Primarque et prendre la tête des séraphistes.

Les nomades
Les nomades ont fait le choix de vivre à l’écart des grandes agglomérations et de tourner le dos aux anciennes traditions ikoniennes, pour créer une société qui leur convienne davantage, sans avoir à se justifier auprès des autres peuples. Les nomades ont adopté un système social clanique, se divisant en familles itinérantes. Ces groupes rejettent le principe des castes et élisent le plus souvent leurs chefs parmi les candidats disponibles. Ces dirigeants occupent généralement leur poste à vie, mais certaines familles préfèrent un système de mandat temporaire, obligeant les chefs à prendre soin des leurs s’ils veulent rester au pouvoir. Les nomades sont généralement peu soucieux de préserver une quelconque « pureté » de leurs lignées. Ils adoptent volontiers des étrangers désireux d’intégrer leurs communautés, du moment qu’ils s’engagent à en suivre les coutumes, à respecter les traditions et à prendre un nom ikonien. Il faut cependant reconnaitre que la plupart des étrangers considèrent les nomades comme des gens à la morale douteuse, et n’envisagent absolument pas de rejoindre leurs rangs.

 

 

 

L’ancienne Ikonia

Rares sont ceux en dehors des historiens qui le savent, mais la civilisation ikonienne était autrefois un phare de civilisation, une nation aux noble idéaux qui s’était baptisée Démokratia. Le peuple de l’archipel vivait de manière harmonieuse, sous un régime dans lequel tous les citoyens adultes pouvaient élire leurs représentants au parlement des îles. Cependant, cet âge d’or suscita la convoitise de la part des nantis, notamment ceux qui détenaient les secrets de la magie. Les mages désiraient plus de respect, de privilèges, de reconnaissance de la part d’une société qui ne leur accordait pas beaucoup plus d’importance qu’aux artisans ou aux artistes par exemple.
Petit à petit, le système social devint de plus en plus corrompu, et finalement, plusieurs familles fortunées alliées aux mages les plus ambitieux renversèrent le parlement, lors d’un coup d’état qui se produisit 910 ans avant la naissance de l’Empire de Celalta. Après quelques troubles et effusions de sang, Démokratia laissa la place à l’Hégémonie, un régime stratifié en plusieurs castes héréditaires, dont il était quasiment impossible de changer. Les unions entre personnes de castes différentes étaient d’ailleurs très mal vues et activement découragées.

La nouvelle caste dirigeante, les Parfaits, rassemblait au sein des Lignées Véritables ceux qui mirent à bas la démocratie pour établir leur nouveau régime. Elle était responsable de l’organisation de tous les aspects profanes et religieux de la société. Les maitres de l’Hégémonie, les Archontes, étaient tous issus des Lignées Véritables. Les Parfaits étaient les seuls à se voir enseigner les secrets ésotériques, la magie et les mystères des anciens cultes animistes ikoniens. L’appartenance à cette caste aristocratique et érudite n’était pas pour autant garantie à tous les enfants issus des Lignées Véritables. Lors de leur passage à l’âge adulte, les jeunes gens des deux sexes étaient soumis à des épreuves intellectuelles difficiles. Ceux qui échouaient étaient impitoyablement refoulés dans une autre caste, en fonction de leurs capacités, ou pour les plus rebelles et les incompétents, relégués parmi les Indigents. Les Parfaits n’étaient pas tous de puissants maîtres des savoirs magiques, mais aucun n’était véritablement ignorant en la matière.

La caste des Effectuateurs, c’est à dire ceux chargés d’appliquer les directives des Parfaits et plus généralement de faire fonctionner la société, était de loin la plus nombreuse. Artisans, cultivateurs, pécheurs, marchands, ouvriers, médecins, soldats, domestiques et bien d’autres formaient les rangs des Effectuateurs. Cependant, de nombreuses distinctions au sein de leur caste existaient et suscitaient jalousies, rancœur ou mépris. Si, aux yeux de la loi, tous les Effectuateurs étaient égaux, en réalité, une multitude de charges, dispenses, positions et patentes conféraient à certaines professions des privilèges bien réels. Les unions entre Effectuateurs étaient presque aussi souvent arrangées qu’au sein des Parfaits, la plupart s’efforçant de s’élever au sein de leur caste à travers les mariages qu’ils contractaient pour leur progéniture.

La caste des Promoteurs n’existait pas aux origines de l’Hégémonie et fit son apparition lorsque la civilisation ikonienne commença à rayonner depuis son archipel d’origine. Pour l’essentiel, elle rassemblait ceux qui avaient des responsabilités dans les relations entre l’archipel et le reste du monde. Sa position était intermédiaire entre les Parfaits et les Effectuateurs. Les capitaines de navire et les diplomates en étaient les principaux représentants mais les navigateurs et les officiers de l’armée ikonienne ne tardèrent guère à quitter les Effectuateurs pour rejoindre les rangs des Promoteurs. Par la suite, d’autres catégories sociales (notamment les négociants) tentèrent également d’entrer dans la caste des Promoteurs, arguant de leur rôle dans la politique extérieure ikonienne, mais en vain. La caste des Promoteurs offrait aux ambitions de certains Effectuateurs un exutoire, puisque par exemple, un simple soldat changeait de caste pour rejoindre les Promoteurs s’il parvenait à devenir officier. De fait, la caste des Promoteurs constituait donc une sorte de soupape qui soulageait les pressions sociales internes à la société ikonienne et plus particulièrement à la caste des Effectuateurs.

Les Indigents quant à eux formaient une caste inférieure rassemblant les esclaves, les mendiants et les criminels. Si les coupables de délits relativement mineurs étaient temporairement déclassés comme Indigents et pouvaient espérer un jour retrouver leur position sociale d’origine, la quasi-totalité des membres de cette caste était condamnée à vivoter au plus bas rang de la société. Lors de sa phase d’expansion, Ikonia offrit à certains Indigents la possibilité de rejoindre ses armées comme auxiliaires, avec la promesse à l’issue de longues années de service de rejoindre les rangs des Effectuateurs. Certains individus exceptionnels, Indigents à l’origine, suivirent cette voie et devinrent même des Promoteurs. Cependant, si elles furent soigneusement exploitées à des fins de propagande, les occasions de ce genre étaient en vérité rarissimes.

Sous l’Hégémonie, les peuples alliés ou soumis à Ikonia n’étaient pas censés suivre ce système de castes, mais dans la pratique, les Ikoniens désiraient lentement réformer leurs sociétés afin de les y amener. Les premières campagnes militaires contre les Déchus débutèrent une trentaine d’années après la fondation de l’Hégémonie. Les étrangers qui acceptèrent de la rejoindre furent généralement considérés comme des Effectuateurs, même si l’on traitait avec une certaine attention leurs dirigeants. Parmi les potentats célians qui tombèrent sous la coupe de l’Hégémonie, une poignée seulement se vit offrir le rang de Parfaits, après avoir fait la preuve de leur bonne connaissance des coutumes ikoniennes et de leur dévouement envers la cause hégémonienne. Les individus issus de peuplades hostiles (les Déchus au premier rang, ainsi qu’une part notable des habitants de la Mosaïque) furent systématiquement considérés comme des Indigents. La distinction entre Ikoniens et citoyens étrangers dans les territoires contrôlés par l’Hégémonie devint rapidement évidente : la loi hégémonienne s’appliquait à tous de la même manière mais Parfaits et Promoteurs bénéficiaient de privilèges, auxquels la majorité des non-ikoniens ne put jamais prétendre.