La province de Falci

Avant la Guerre Civile
Cette région tomba progressivement dans le giron de l’Empire au début du 3ème siècle, après les grandes invasions brumaires, qui incitèrent les populations locales à chercher protection auprès des maisons vassales de Celalta. Le nom de la province rend hommage au seigneur Falci, un chef de guerre local qui fut le premier à fédérer les populations contre les brumaires, et qui périt au combat en protégeant la maison d’un rival attaquée par les maraudeurs.
Les principaux chefs locaux rejoignirent les rangs de la noblesse impériale et firent allégeance à la maison Oranius. Deux familles, les Bantius et les Fonterius, se distinguèrent au point de se voir accorder des Comtés. Elles furent chargées d’assurer la sécurité de la frontière avec le royaume du Lyrriane tout proche.
Un siècle plus tard, les guerriers de la province aidèrent les forces d’Adolphus le Restaurateur et parvinrent à empêcher le roi lyrrien de profiter de la Guerre des Princes pour s’emparer de nouveaux territoires.
Malheureusement, l’histoire militaire des Bantius et des Fonterius connut aussi ses heures sombres. Les soldats des deux comtés furent décimés au sixième siècle par les forces brumaires que menait la Reine-Sorcière, et la région subit de terribles déprédations. Les pillards furent finalement repoussés par l’alliance que nouèrent les Bantius et les Fonterius, menant leurs vassaux à la bataille. Puis, les soldats de la province de Falci prirent à revers les forces brumaires et contribuèrent à briser les barbares qui s’étaient aventurés jusqu’à Ancinium.
Profitant de l’affaiblissement de la maison Oranius à l’issue de ce conflit, les alliés rompirent leur lien de vassalité et proclamèrent la naissance des Comtés Jumeaux de Falci, suivis par les cinq barons à leur service.
Les Oranius tentèrent bien de récupérer ces trublions dans leur giron, mais ils avaient déjà fort à faire pour redresser leur maison et rétablir la paix sur leurs domaines. Ils parvinrent simplement à éviter que d’autres vassaux suivent cet exemple.
La maison Bantius était déjà sur le déclin au moment de cette proclamation, et elle finit par disparaitre quelques générations plus tard, lorsque sa dernière descendante se maria dans la maison Fonterius. Ils devinrent alors les seuls Comtes de Falci et acceptèrent les serments d’allégeance des deux derniers barons liés aux Bantius disparus, les Morassi et les Toglione. Les nouveaux comtes procédèrent à quelques modifications des frontières internes, afin d’agrandir leurs propres domaines tout en partageant les terres Bantius entre leurs vassaux.

La fin du Comté
Durant la Guerre Civile, les fils du Comte Albino Fonterius périrent au cours d’accrochages avec des autonomistes lyrriens. Sa seule enfant survivante, atteinte de troubles mentaux sévères, se suicida et le vieux Comte finit par mourir de chagrin il y a huit ans. Les Fonterius n’avaient plus de parents directs en vie, si ce n’est deux lointains cousins de Bevelenus passés dans le camp de la Ligue. Cependant, ils avaient des liens de sang remontant à plus de trois siècles avec les Acilius et les Sejanus. Dés l’annonce de la mort d’Albino Fonterius, ces deux maisons envoyèrent leurs troupes prendre le contrôle du domaine comtal. Les Acilius parvinrent à  occuper des terres concomitantes à leurs frontières mais le baron Sergio périt au cours d’une échauffourée contre les Sejanus. Ces derniers s’emparèrent de la demeure des Fonterius, ainsi que de la capitale du comté, Lemonum.

Actuellement, la situation est au point mort. Les cinq barons de Falci manoeuvrent pour s’emparer du titre comtal, mais doivent aussi faire bloc pour éviter que les Oranius ne reprennent le contrôle de terres qui leur appartenaient autrefois.

Topographie
La province de Falci est nantie d’un paysage dépourvu de reliefs significatifs. Tout au plus, on peut trouver quelques buttes boisées dans le nord-ouest, sur les terres des Toglione, et à leur frontière avec les Sejanus. Elle est à l’inverse pourvue d’une dizaine de sources et de plusieurs rivières et étangs suffisamment grands pour que les riverains les considèrent comme des lacs. Des bosquets de bonne taille sont présents dans l’est de la province, s’étirant vers le nord jusqu’à la frontière avec le Lyrriane. Proches les uns des autres, on les surnomme « les bois des flèches ». En effet, au fil du temps, divers accrochages y ont eu lieu entre les soldats de la province et des intrus de toutes sortes (bandits ou autonomistes lyrriens pour l’essentiel) qui utilisent le couvert des arbres pour établir des campements, ou traverser une partie des terres des familles Acilius, Sejanus et Zandona sans attirer l’attention. Avec les tensions récentes entre les cinq barons, cette partie de la province est sans doute la plus surveillée à l’heure actuelle.
Une route impériale allant jusqu’à Ancinium traverse les terres de la famille Zandona et constitue la seule voie de circulation pavée de la province.

La frontière septentrionale de la province de Falci est celle du Lyrriane. Vers l’ouest et le sud, elle est bordée par les terres de maisons restées vassales des Oranius, avec lesquelles perdurent quelques liens du sang distants (et une quantité appréciable de querelles frontalières). Les Bois des Flèches et les frontières des Zandona sont occupés par les vassaux de deux comtes impériaux, bien plus occupés à se surveiller mutuellement qu’à sécuriser la région.

Un aperçu des Cinq Baronnies
Acilius
Capitale : Canovesa
La position centrale de la baronnie Acilius constitue une épée à double tranchant. Tout le commerce impliquant les habitants de la baronnie transite en effet par les terres de leurs voisins et rivaux. Depuis la mort de son époux il y a huit ans, la baronne Estelle s’efforce donc de ne pas froisser ces derniers et les Acilius n’ont apparemment plus l’intention de revendiquer le titre comtal. Dans l’immédiat, les autres barons ont également intérêt à ce que les Acilius restent indépendants, car un prétendant sérieux au titre disposerait d’un atout de poids s’il était allié à cette maison.

Morassi
Capitale : Zela
Le baron Fabius Morassi est atteint d’une maladie de peau rare, qui attaque désormais ses muscles. Fabius n’a jamais été un homme sympathique mais sa condition l’a rendu encore plus susceptible et vindicatif. Il semble éprouver une haine sourde envers la baronne Estelle Acilius et méprise ouvertement ses voisins les Toglione et les Zandona. Morassi ne cache pas ses priorités : trouver un remède à sa condition et devenir le nouveau comte de Falci. A ses yeux, le baron Sejanus est le seul rival sérieux.

Sejanus
Capitale : Lemonum (auparavant Arborenis)
Les Sejanus ont réussi à prendre le contrôle de l’ancien château des Comtes Fonterius ainsi que de la capitale du comté, Lemonum. Le baron Drusus est un guerrier réputé et il estime être le prétendant le plus légitime au titre de Comte : ses soldats ont protégé les terres alentours des brigands lyrriens pendant des siècles, il a tué son principal rival Sergio Acilius et il s’est déjà installé dans le château surplombant Lemonum. Cependant, le caractère autoritaire de Drusus ne lui attire pas la sympathie, sans parler de la confiance, des autres barons de la province de Falci.

Toglione
Capitale : Vigiliae
Les Toglione ont toujours été plus soucieux des menaces extérieures que des affaires internes au comté. Qu’on parle d’autonomistes lyrriens ou de maraudeurs brumaires, ils ont été en première ligne dans quasiment tous les conflits de l’histoire de la province. Autrefois, quand les comtes Bantius régnaient encore sur l’ouest de la province, les Toglione étaient considérés comme leur bouclier. Lorsque la dernière des Bantius rejoignit la maison Fonterius, personne ne broncha (tout au moins en public) quand les Toglione s’installèrent dans la demeure de leurs anciens suzerains. Au fil des siècles, certains Toglione ont prétendu avoir des liens de parenté avec le légendaire chef de guerre Falci, mais personne n’a jamais pu apporter la preuve de ces affirmations.
Baldo, l’actuel baron, s’est contenté de s’emparer de deux villages frontaliers appartenant aux Acilius, lorsqu’ils firent retraite après la mort du baron Sergio, mais il a préféré les restituer à la baronne Estelle il y a trois ans.

Zandona
Capitale : Cintano
La maison Zandona profite pleinement du passage sur ses terres d’une route impériale, qui traverse Cintano. Les Zandona se sont toujours montrés plus soucieux de remplir leurs coffres que de marquer des points contre leurs voisins quand ils étaient vassaux des Fonterius. L’actuel baron, Elaio, est un jeune trentenaire indolent et peu enclin à travailler. Il passe beaucoup de temps à dormir dans son bureau ou à écrire de mauvais poèmes. Les ambitions de ses voisins Drusus Sejanus et Fabius Morassi risquent de lui coûter cher si l’un d’eux décide de marcher sur ses terres.

(A suivre…)

Une page d’histoire oubliée

L’histoire de la maison Oranius recèle un évènement sanglant, que ses descendants préfèrent garder dans l’ombre. Pendant quelques années, au cours du 6ème siècle, leur maison manqua de disparaitre et leurs sujets tentèrent de faire d’Ancinium une cité affranchie du giron impérial. Ils se retournèrent contre leurs suzerains et  luttèrent seuls contre un péril terrible, avant d’être impitoyablement punis par leurs maitres.

Voici l’histoire de l’éphémère République d’Ancinium.

Tout le monde dans l’ouest de l’Empire sait que le Duc Caseo Oranius tomba sur le champ de bataille au cours de l’année IC 520, face aux tribus brumaires coalisées par la Reine Sorcière. Puis, les barbares assiégèrent Ancinium ainsi que Lyrr et s’aventurèrent aux frontières du Duché de Vallombrosa.

Cependant, l’histoire officielle est remarquablement lacunaire sur ce héros de guerre. On a préféré oublier le fait qu’en dehors de ses aptitudes de combattant, Caseo Oranius était un seigneur dont il était difficile de trouver les mérites. Pour le dire plus clairement, il s’agissait d’un homme vaniteux et capricieux, un petit tyran mesquin, qui était parvenu à se faire détester de quasiment tous les habitants de ses terres. Certains pensent d’ailleurs que ce ne sont pas forcément les épées brumaires qui ont mis un terme à sa vie. D’aucuns vont jusqu’à affirmer que ses conseils malavisés ne sont pas étrangers à la série de défaites cuisantes subie par les Célians durant les semaines qui précédèrent sa mort.

Quoi qu’il en soit, lors d’une bataille à la lisière de la Trouée des Lames, Caseo et la majorité de ses parents en âge de combattre tombèrent avant que les rescapés ne se retranchent précipitamment dans l’est, abandonnant Ancinium et ses parages aux barbares assoiffés de pillage lancés sur leurs talons.

Les murs de la ville assiégée offrirent un abri précaire aux réfugiés ainsi qu’aux survivants des affrontements avec les Brumaires, mais la situation dans Ancinium ne tarda pas à empirer. Les habitants des quartiers aisés se barricadèrent et bloquèrent l’accès aux entrepôts de denrées que la maison Oranius avait sagement entretenu dans la perspective d’un tel péril.
Il est difficile de dire ce qui provoqua finalement le soulèvement à l’intérieur des murs, mais les derniers Oranius encore en vie dans leur palais furent emprisonnés ou tués par une alliance de mécontents, qui comptaient dans leurs rangs certains notables de la ville, plusieurs chevaliers s’estimant trahis par leurs suzerains et d’autres personnes aux origines plus nébuleuses.

La République d’Ancinium fut proclamée au printemps IC 521, alors que les murs de la ville étaient attaqués par les barbares, et elle dura jusqu’à la libération de la cité par les légions impériales. Durant ce laps de temps, un Comité d’Urgence vit le jour et organisa la défense de la cité, ainsi que le rationnement des habitants. Des fouilles furent menées pour que les provisions que certains avaient dissimulé soient confisquées, avant d’être distribuées de manière équitable. Il y eut même plusieurs exécutions, après des procès menés par des citoyens tirés au sort.

Lorsque les légions de l’Empire et ses vassaux parvinrent à repousser les Brumaires, des personnes à l’intérieur d’Ancinium purent les renseigner avec précision sur le gouvernement de la minuscule république autoproclamée. Le Praetor Maximus Dacus prétendit négocier avec le Comité, et parvint à faire entrer dans Ancinium des troupes d’élite, aidées par quelques notables désireux de se venger des « rebelles »  épuisés par plus de deux ans de siège. La purge qui s’ensuivit fut aussi rapide que terrible et des centaines de réfugiés et de soldats qui avaient défendu courageusement la cité furent exécutés, parfois par ceux-là même dont ils avaient sauvé la vie. Un neveu du Duc Caseo (qui avait été capturé par les Brumaires lors d’une bataille, puis libéré durant leur retraite) reprit le titre et rassembla les derniers membres de sa famille, tout en signant des brassées de condamnations à mort ou à l’esclavage. Puis, on effaça des chroniques les noms et les évènements les plus gênants et on passa à autre chose.

On parle encore brièvement ici et là dans les vieux contes de « la rébellion », mais les histoires à ce sujet sont délibérément mensongères. Tout au plus, elles évoquent une tentative d’élimination des élites de la ville par des lâches qui espéraient sauver leurs misérables vies en offrant les clefs d’Ancinium aux envahisseurs… il ne reste rien qui évoque les idéaux d’équité et les nombreuses mesures prises par le Comité, qui permirent de soutenir deux ans de siège dans des conditions terribles, alors que les nantis ne songeaient en majorité qu’à sauver leurs peaux.

A l’époque actuelle, on trouve encore des traces de ces évènements dans les journaux intimes de divers participants : des habitants de la cité qui survécurent au siège et à la purge, des officiers des différentes forces armées impliquées, etc. La plupart moisissent dans des greniers mais elles n’ont pas encore été complètement oubliées. Si le public n’y a pas accès, il  y a aussi des références assez précises dans les chroniques secrètes de plusieurs maisons patriciennes (dont les Oranius), ainsi que dans certains documents enfermés dans le cabinet privé de l’Empereur.

Les noms des principaux membres du Comité, le chevalier Matteo Vibrini, la tisserande Lucia Alforus, et le centurion Caius Ligenis notamment, ont été à peu près oubliés. Ils sont morts durant le siège, ou trahis par ceux qu’ils avaient protégés. Et personne n’a gardé trace de la magistère anonyme qui fut le véritable déclencheur de cette révolte. Une femme qui avait pu lire de très anciennes histoires ikoniennes, antérieures à l’Hégémonie, et avait découvert les idéaux disparus de la nation insulaire d’origine : Démokratia.

Cependant, depuis le couronnement de l’Empereur Aloysius, les idéaux républicains sont revenus dans les discussions que tiennent certains membres de la faction des Paritaires au Sénat Impérial, et de vieux documents poussiéreux ont été à nouveau consultés. Il est encore trop tôt pour savoir si ces idées antiques pourront renaitre une fois encore, mais il est possible que dans un avenir proche, certains patriciens tentent de les propager discrètement à travers les différentes couches sociales de la société célianne, y compris dans les territoires de la Ligue.