Archives de catégorie : Contexte

Textes d’ambiance et présentation d’éléments de l’univers de Chiaroscuro

L’ancienne Ikonia

Rares sont ceux en dehors des historiens qui le savent, mais la civilisation ikonienne était autrefois un phare de civilisation, une nation aux noble idéaux qui s’était baptisée Démokratia. Le peuple de l’archipel vivait de manière harmonieuse, sous un régime dans lequel tous les citoyens adultes pouvaient élire leurs représentants au parlement des îles. Cependant, cet âge d’or suscita la convoitise de la part des nantis, notamment ceux qui détenaient les secrets de la magie. Les mages désiraient plus de respect, de privilèges, de reconnaissance de la part d’une société qui ne leur accordait pas beaucoup plus d’importance qu’aux artisans ou aux artistes par exemple.
Petit à petit, le système social devint de plus en plus corrompu, et finalement, plusieurs familles fortunées alliées aux mages les plus ambitieux renversèrent le parlement, lors d’un coup d’état qui se produisit 910 ans avant la naissance de l’Empire de Celalta. Après quelques troubles et effusions de sang, Démokratia laissa la place à l’Hégémonie, un régime stratifié en plusieurs castes héréditaires, dont il était quasiment impossible de changer. Les unions entre personnes de castes différentes étaient d’ailleurs très mal vues et activement découragées.

La nouvelle caste dirigeante, les Parfaits, rassemblait au sein des Lignées Véritables ceux qui mirent à bas la démocratie pour établir leur nouveau régime. Elle était responsable de l’organisation de tous les aspects profanes et religieux de la société. Les maitres de l’Hégémonie, les Archontes, étaient tous issus des Lignées Véritables. Les Parfaits étaient les seuls à se voir enseigner les secrets ésotériques, la magie et les mystères des anciens cultes animistes ikoniens. L’appartenance à cette caste aristocratique et érudite n’était pas pour autant garantie à tous les enfants issus des Lignées Véritables. Lors de leur passage à l’âge adulte, les jeunes gens des deux sexes étaient soumis à des épreuves intellectuelles difficiles. Ceux qui échouaient étaient impitoyablement refoulés dans une autre caste, en fonction de leurs capacités, ou pour les plus rebelles et les incompétents, relégués parmi les Indigents. Les Parfaits n’étaient pas tous de puissants maîtres des savoirs magiques, mais aucun n’était véritablement ignorant en la matière.

La caste des Effectuateurs, c’est à dire ceux chargés d’appliquer les directives des Parfaits et plus généralement de faire fonctionner la société, était de loin la plus nombreuse. Artisans, cultivateurs, pécheurs, marchands, ouvriers, médecins, soldats, domestiques et bien d’autres formaient les rangs des Effectuateurs. Cependant, de nombreuses distinctions au sein de leur caste existaient et suscitaient jalousies, rancœur ou mépris. Si, aux yeux de la loi, tous les Effectuateurs étaient égaux, en réalité, une multitude de charges, dispenses, positions et patentes conféraient à certaines professions des privilèges bien réels. Les unions entre Effectuateurs étaient presque aussi souvent arrangées qu’au sein des Parfaits, la plupart s’efforçant de s’élever au sein de leur caste à travers les mariages qu’ils contractaient pour leur progéniture.

La caste des Promoteurs n’existait pas aux origines de l’Hégémonie et fit son apparition lorsque la civilisation ikonienne commença à rayonner depuis son archipel d’origine. Pour l’essentiel, elle rassemblait ceux qui avaient des responsabilités dans les relations entre l’archipel et le reste du monde. Sa position était intermédiaire entre les Parfaits et les Effectuateurs. Les capitaines de navire et les diplomates en étaient les principaux représentants mais les navigateurs et les officiers de l’armée ikonienne ne tardèrent guère à quitter les Effectuateurs pour rejoindre les rangs des Promoteurs. Par la suite, d’autres catégories sociales (notamment les négociants) tentèrent également d’entrer dans la caste des Promoteurs, arguant de leur rôle dans la politique extérieure ikonienne, mais en vain. La caste des Promoteurs offrait aux ambitions de certains Effectuateurs un exutoire, puisque par exemple, un simple soldat changeait de caste pour rejoindre les Promoteurs s’il parvenait à devenir officier. De fait, la caste des Promoteurs constituait donc une sorte de soupape qui soulageait les pressions sociales internes à la société ikonienne et plus particulièrement à la caste des Effectuateurs.

Les Indigents quant à eux formaient une caste inférieure rassemblant les esclaves, les mendiants et les criminels. Si les coupables de délits relativement mineurs étaient temporairement déclassés comme Indigents et pouvaient espérer un jour retrouver leur position sociale d’origine, la quasi-totalité des membres de cette caste était condamnée à vivoter au plus bas rang de la société. Lors de sa phase d’expansion, Ikonia offrit à certains Indigents la possibilité de rejoindre ses armées comme auxiliaires, avec la promesse à l’issue de longues années de service de rejoindre les rangs des Effectuateurs. Certains individus exceptionnels, Indigents à l’origine, suivirent cette voie et devinrent même des Promoteurs. Cependant, si elles furent soigneusement exploitées à des fins de propagande, les occasions de ce genre étaient en vérité rarissimes.

Sous l’Hégémonie, les peuples alliés ou soumis à Ikonia n’étaient pas censés suivre ce système de castes, mais dans la pratique, les Ikoniens désiraient lentement réformer leurs sociétés afin de les y amener. Les premières campagnes militaires contre les Déchus débutèrent une trentaine d’années après la fondation de l’Hégémonie. Les étrangers qui acceptèrent de la rejoindre furent généralement considérés comme des Effectuateurs, même si l’on traitait avec une certaine attention leurs dirigeants. Parmi les potentats célians qui tombèrent sous la coupe de l’Hégémonie, une poignée seulement se vit offrir le rang de Parfaits, après avoir fait la preuve de leur bonne connaissance des coutumes ikoniennes et de leur dévouement envers la cause hégémonienne. Les individus issus de peuplades hostiles (les Déchus au premier rang, ainsi qu’une part notable des habitants de la Mosaïque) furent systématiquement considérés comme des Indigents. La distinction entre Ikoniens et citoyens étrangers dans les territoires contrôlés par l’Hégémonie devint rapidement évidente : la loi hégémonienne s’appliquait à tous de la même manière mais Parfaits et Promoteurs bénéficiaient de privilèges, auxquels la majorité des non-ikoniens ne put jamais prétendre.

Soirées et orgies céliannes

Les soirées festives des célians sont depuis longtemps des affaires compliquées, et elles sont bien plus diverses que l’on pourrait le croire. Bien que les textes des invitations aux soirées privées et des affiches pour les soirées payantes soient assez précis, une symbolique utilisant plusieurs couleurs fut mise au point il y a quelques décennies à Celalta. Profitant des progrès accomplis en matière d’encres et d’imprimerie, elle s’est rapidement imposée dans les autres villes. Il suffit donc de lire le texte d’une invitation et de connaitre la signification des couleurs pour savoir dans quel genre de réjouissances on va se rendre.

Stricto sensu, une orgie est surtout l’occasion de boire et manger en quantité, et il y aura donc toujours de quoi se restaurer et s’enivrer. La couleur du papier utilisé sur l’invitation ou l’affiche indique la thématique principale de la soirée. Le texte quant à lui sera écrit dans une ou plusieurs autres couleurs, précisant la nature des activités proposées.

– jaune : l’alcool coulera à flots et il y aura abondance de plats
– rouge : érotisme et sexe en perspective
– vert : la soirée inclut au moins un spectacle
– bleu : il y aura des jeux de société et/ou d’argent
– noir : les invités devront avoir de la conversation, voire déclamer des poèmes ou proposer de courts numéros distrayants
– violet : un accompagnement musical permettra aux invités de danser
– blanc : la soirée est juste une occasion de se retrouver

Par exemples :

Un bon repas arrosé, suivi de discussions, ou de concours de poésie : papier blanc et texte noir. Par défaut, cela indique également toute occasion formelle, lorsqu’on vous invite à un diner et rien de plus.

Un banquet avec des danseurs ou des acrobates, et la possibilité aux invités de danser également : papier jaune avec texte vert et violet.

Une soirée où l’on pariera en jouant, et où les perdants devront déclamer des poèmes, sous peine de recevoir des gages supplémentaires : papier bleu avec texte en noir

Un simple repas avec des spectacles érotiques, suivi d’une partie de jambes en l’air, en groupe ou en s’isolant : papier rouge avec texte en vert

Une grande soirée organisée par une puissante famille patricienne : en plus d’un banquet colossal, il sera possible de danser, de jouer à des jeux de société ou de se lancer des défis, ainsi que d’assister à plusieurs spectacles. Papier jaune, textes bleu, vert et violet.

taverne-pub

Le texte sera souvent très direct, voire imagé, mais peut aussi jouer sur le sens des mots, ou les allusions. Par exemple, une « soirée de défis sportifs entre amis » en rouge vif indiquera en fait une partouze. Dans les provinces du nord et le Lyrriane, on ajoute parfois des dessins plus ou moins schématiques (corps de femme dévêtue, cartes à jouer, plume à écrire…) mais c’est assez mal vu ailleurs. A Celalta, on trouve même cela assez vulgaire (ou plutôt « délicieusement vulgaire » pour certains patriciens habitués des orgies de Nelanque…).

Entre les énoncés et les couleurs employés, une invitation à une soirée peut donc être… assez baroque à lire, dirons-nous. Les soirées publiques, proposées par les salles de fêtes, tabernae, etc. font l’objet d’une ample publicité par le biais d’affiches tape à l’œil. On distribue également souvent des volante (des flyers) dans les tavernes alentours. Selon les établissements, une certaine compétition féroce peut se dérouler pour attirer du monde, ou au contraire il peut y avoir une entente commerciale formalisée. Ainsi, on peut par exemple dans une salle spécialisée dans les banquets dansants voir des affiches vantant les mérites d’établissements proches proposant d’autres types de distraction.

Enfin, les véritables spectacles (opéras, concerts, récitals…) ainsi que les différentes manifestations sportives ne font pas l’objet d’une signalétique aussi codifiée. Les affiches sont bien plus diverses, les portraits d’artistes presque systématiques de même qu’un ou deux accessoires ou éléments de décor apparaissent fréquemment sur les affiches. Ces spectacles se déroulent généralement durant la première partie de la soirée, entre la septième et la neuvième heure. Afin de permettre au public de se rendre ensuite dans un autre lieu, pour manger, boire, jouer, séduire, etc.